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Page:Rabelais marty-laveaux 01.djvu/118

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d’etrons, bergiers de merde, et aultres telz epithetes diffamatoires, adjoustans que poinct à eulx n’apartenoit manger de ces belles fouaces, mais qu’ilz se debvoient contenter de gros pain ballé et de tourte.

Auquel oultraige un d’entr’eulx, nommé Frogier, bien honneste homme de sa personne et notable bacchelier, respondit doulcement :

«  Depuis quand avez vous prins cornes qu’estes tant rogues devenuz ? Dea, vous nous en souliez voluntiers bailler, et maintenant y refusez. Ce n’est faict de bons voisins, et ainsi ne vous faisons nous, quand venez icy achapter nostre beau frument, duquel vous faictez voz gasteaux et fouaces. Encores par le marché vous eussions nous donné de noz raisins ; mais, par la mer Dé ! vous en pourriez repentir et aurez quelque jour affaire de nous. Lors nous ferons envers vous à la pareille, et vous en soubvienne ! »

Adoncq Marquet, grand bastonnier de la confrairie des fouaciers, luy dist :

«  Vrayement, tu es bien acresté à ce matin ; tu mangeas her soir trop de mil. Vien çà, vien çà, je te donnerai de ma fouace ! »

Lors Forgier en toute simplesse approcha, tirant un unzain de son baudrier, pensant que Marquet luy deust deposcher de ses fouaces ; mais il luy bailla de son fouet à travers les jambes si rudement que les noudz y apparoissoient. Puis voulut gaigner à la fuyte ; mais Forgier s’escria au meurtre et à la force tant