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l’abbaye d’évolayne

lourde pour ma faiblesse. Et quant aux impies, aux coupables, je ne cesse jamais d’y penser, offrant ma vie pour eux et n’ayant d’autre but que de les éclairer, de les aider. À mon sens, ajouta-t-il doucement, c’est une meilleure charité que de vouloir se perdre avec eux.

Adélaïde demeurait inquiète et troublée :

— Oh ! Michel, disait-elle à son mari, si je me perdais, moi, si je me séparais de l’Église, refusant de croire à l’enfer, si vous aviez un jour la certitude que je suis damnée, pourriez-vous vous y résigner ?

Il la pressait contre lui :

— Une âme telle que la vôtre, non, je ne la croirai jamais perdue. L’amour, à défaut d’autres maîtres, vous conduirait vers la lumière, mais l’Église est un guide plus sûr. Il ne faut pas rejeter ses enseignements, car notre raison en constate souvent l’excellence, lors même que notre cœur s’insurge contre eux. On ne nie pas un fait parce qu’il nous attriste. Le dogme du péché originel n’est que l’affirmation d’un fait. L’Église nous apprend que toute la race subit l’hérédité du premier homme. La science confirme cet enseignement. Je constate chez mes malades que le syphilitique, l’alcoolique transmettent leurs tares physiologiques à leurs enfants. C’est une loi que nous ne pouvons nier. De même la créature déchue, devenue mortelle, transmit la mort à ses descendants. Mais Dieu qui est amour tira du mal notre plus grand bien. Il s’incarna. Et voici que la Croix nous rend un ciel plus beau que le Paradis perdu.

Cette fois encore, elle n’objecta rien. Alors qu’elle s’insurgeait contre les enseignements du père Atha-