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l’abbaye d’évolayne

n’y point séjourner et, sitôt le déjeuner fini, étudièrent un nouvel itinéraire. Adélaïde voulait retourner en arrière, car elle aimait les lieux déjà connus, les paysages familiers. Michel proposa de passer en Belgique.

— Après la frontière, dit-il, le pays redevient beau. Nous pourrions suivre la vallée de la Meuse jusqu’à Dinant, jusqu’à Namur.

— Jusqu’à la mer, soupira-t-elle, qui, seule, limitera votre élan.

Il sourit légèrement en la regardant et elle fut aussitôt prête à faire tout ce qu’il désirait. Il avait une grande figure impérieuse, à la fois ravagée et jeune. Le front, les joues étaient marqués de rides profondes. Les yeux, habitués à voir la maladie, gardaient devant les plus beaux spectacles une expression de pitié contenue, d’attention sérieuse. Mais le sourire, caressant et clair, transfigurait cette physionomie, lui prêtait une séduction féminine. Il ne fit qu’apparaître sur les lèvres aussitôt refermées. De nouveau, le front baissé, Michel consultait la carte de Belgique, dépliée sur la table.

— C’est bien, cherchons un but plus proche.

Son doigt errant s’arrêta soudain sur un point qui parut l’intéresser vivement.

— Quoi ! dit-il, Évolayne ! nous en serions si près ? L’abbaye d’Évolayne.

Ce nom éveilla en Adélaïde de lointaines réminiscences qu’elle ne put préciser.

— Qu’est-ce ? demanda-t-elle. Une ruine curieuse, une abbaye abandonnée ?

— Nullement, une abbaye bénédictine moderne, fondée depuis soixante ans à peine. Vous