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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VIII, 1858.djvu/73

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é sur un nuage ;depuis cette heure, je vole, je vole sans repos ; regarde, c’est de mon bec qu’ils tombent un à un les grains de vie qui font les plantes et les forêts ; je laisse tomber le lis des eaux dans les vallées, le tamala sur le limon, le baobab dans les plaines, la fleur de vigne dans le creux du rocher, la fleur de saule au bord des sources, la bruyère sur le haut des montagnes. Les feuilles frissonnent, les joncs glapissent ; déjà les étoiles s’envolent comme une couvée d’oiseaux aux ailes d’or qui se mettent à partir pour des pays lointains.



Le Serpent.

Ah ! Si j’avais des ailes comme toi, avant que de parler je monterais sur le plus haut nuage, je saurais ce qui est autour de nous ; puisqu’il le faut, ce sera moi qui me dresserai de la fange pour regarder si l’univers est né ; voici l’arbre du monde, je grimperai autour de son tronc, je me nouerai à ses branches.

Voyez ! Ma queue touche la terre, mes mille têtes se dressent à sa cime ; par-dessus son feuillage, mes langues dardent leur venin aux quatre vents ; qui veut cueillir ces fleurs de sang ? Mais vraiment je ne vois rien que des montagnes qui replient leurs anneaux, rien que des fleuves qui se glissent comme des couleuvres sous les forêts, rien que le cheval Séméhé qui court sans s’arrêter jamais sous les griffes des djins ; il sue le sang, le vent secoue sa queue d’argent ; à son poitrail, deux yeux flamboient ; à tout instant sa couleur change : il est pâle, il est noir, il est bleu comme le ciel, meurtri comme le venin qui tombe de ma bouche. Oh ! C’est une pitié.



Léviathan.

Regarde encore du côté de la mer.



Le Serpent.

Là aussi je ne vois que le poisson Macar qui a volé sa