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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VIII, 1858.djvu/354

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ait, seigneur ? J’ai baisé mes rivages ; est-ce d’eux que vous êtes jaloux ? J’ai bercé dans mes vagues des ombres qui passaient. Quand vous m’avez quitté pour une autre, plus belle que moi, j’ai jeté mes soupirs sur le vent qui m’éveillait, sur la dalle du môle, sur la grève du rocher, dans la nasse du pêcheur, dans la voile qui m’habillait de lin. êtes-vous jaloux de la voile, ou de la nasse du pêcheur, ou de la grève du rocher, ou de la dalle du môle ? Je ne vois plus dans mon abîme que des carcasses de barques naufragées ; mon flot ne roule plus que des algues arrachées de ma rive ; mon sable est fait de la poussière des morts, tant de couronnes et de sceptres rompus, tant de proues de vaisseaux, tant de villes englouties, tant de boucliers et de sabres rouillés, s’entrechoquent dans mes flots, qu’ils empêchent ma voix d’arriver jusqu’à vous !



Le Père éternel.

Tu as douté jusqu’au fond de tes vagues. Va ! Je prendrai toute ton eau dans le creux de ma main pour en laver la plaie et le calice de mon fils.



Chœur des Etoiles.

Comme un pèlerin de Palestine emporte sur son habit les coquillages de la rive, ainsi vous nous aviez attachées au bord du manteau du matin. Comme les mules d’un évêque qui s’en va à Tolède secouent sous leurs crinières des clochettes dorées, ainsi nos voix argentines pendaient et résonnaient sous la crinière des mules de la nuit. Pour abréger notre voyage, il ne fallait qu’une goutte de rosée où nous nous mirions en passant. Jusqu’à ce que le jour vînt à luire, nous nous contions nos rêves ; et, si quelque nuage mouillait notre chevelure, nous lui demandions en souriant notre chemin dans le désert. Mais, à cette