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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VIII, 1858.djvu/344

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quoi dont je ne connais pas même le nom. Ce soir, pour en finir, je voudrais me noyer dans cette mer d’infini que je n’ai jamais vue. Avec toi m’y plonger ! Avec toi y mourir ! Oui, c’est là ce que je veux. Conduis-moi sur son rivage.



Rachel.

Mais mon Christ est cette mer ; viens, viens t’y perdre avec moi.



Ahasvérus.

Sa roche est-elle haute ? Sa grève escarpée ? Son eau est-elle assez profonde pour noyer deux âmes ?



Rachel.

Oui, et tous leurs souvenirs aussi.



Ahasvérus.

Es-tu bien sûre, dis-moi, que je ne sentirai plus là ce dégoût, ni ce désir non plus que tout attise ? Et que mon cœur à la fin s’arrêtera ?



Rachel.

J’en suis sûre.



Ahasvérus.

Et que ton Dieu, dans cet abîme, me suffira toujours, et qu’il ne m’en faudra pas demain un plus grand pour un plus grand désir ?



Rachel.

Non, viens ; tu n’en voudras plus jamais d’autre.



Ahasvérus.

Plus jamais d’autre ? C’est la seule chose dont je doute.



Rachel.

Eh bien, viens donc ! Mon dieu ! La terre n’a plus d’eau ; mais mes larmes te baptiseront. Mets-toi là, à genoux, comme au temps où tu m’adorais.