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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VIII, 1858.djvu/312

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blanche hostie. Dans l’enclos du monastère, un seul frère était agenouillé tout pleurant.



C’était le Christ-géant qui comptait les brins d’herbe sur l’autel. De ses grands yeux ruisselaient jour et nuit deux larmes sur la dalle, qu’elles usaient. Courbé jusqu’à terre pour soutenir sur son épaule la nef qui croulait, plus pesante que sa croix, il soupirait : je n’en puis plus. Si bien que la moitié de ma crinière a blanchi sur mes reins, et que ma langue, avec ses dardillons, a rugi plus qu’au désert : maître, laissez-la choir, je lécherai votre blessure.



L’Italie était assise comme Sodome sur sa grève. Les vagues de son volcan étaient une armée qui montait en rugissant à l’assaut de ses créneaux. Et, ne trouvant personne, elles cherchaient leur chemin par les soupiraux, par les carrefours, par les rampes de marbre ; elles se couchaient dans son lit encore tiède et lui muraient sa porte : ah ! Mon golfe, prends-moi dans ton abîme. Ma grotte, cache-moi dans ton creux de rochers de Pausilippe. Ma barque d’Ischia, apporte-moi dans ta voile un soupir de mes îles, pour rafraîchir mon sein que dévore le bitume du ciel. Maître, j’ai aussi traversé la mer salée, sans me mouiller les griffes ; sous les algues qui l’embarrassent, j’ai trouvé avec mes ongles Albion échouée sur le flanc comme un vieux vaisseau à la triple carène que son pilote a quitté. Vers le pays que le Rhin désaltère, et que le Danube, qui s’ennuie de ronger son champ de houblon, laisse derrière son flot pour aller demander au Bosphore sa part de soleil et de sable, les cathédrales hurlaient : " Martin Luther de Wittemberg, qu’as-tu fait ? Pourquoi nous as-tu empêchées d’élever nos tourelles jusqu’au firmament ? à présent nous y monterions sans peur, en faisant fi de notre ruine. Plus loin, là où la Seine qui sanglote retourne en arrière sur ses pas, et fait plu