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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VIII, 1858.djvu/306

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Plus loin ! Avançons ! Quand le monde est passé, il reste encore dans son verre un goût amer ; quand il s’est tu, on entend après lui frissonner à sa place un mot qui s’appelle désespoir. De sa branche sont tombés ses noms, ses jours de fête, ses calomnies, ses fleurs sanglantes ; comme feuilles mortes en novembre, mes pas les balayent. à mon tour, quand viendra pour moi ma saison de novembre ?

Plus loin ! Plus loin ! Ici peut-être je serai mieux. Plus de chemin, plus de broussaille ; point d’eau qui sourdit, point d’herbe qui verdoie ; ni plaine, ni vallée. Ni chaume, ni bruyère : c’est le carrefour où tout se perd.

Sur sa porte est écrit : néant. Holà ! Sans frapper ; entrons ici, comme chez l’hôte.

Ma douleur, ni mon âme ne m’y suivront pas.

Ah ! Plus loin ! Encore plus loin ! Plus loin ! Jusqu’au bout, l’éternité s’amusera-t-elle ? Sous son poids les cieux ont croulé, et dans mon sein un souvenir reste debout sans chanceler.

L’univers s’est dissipé, et mon cœur tout navré n’est pas encore usé. L’orage a emporté un monde ; sur mes lèvres il m’a laissé mon âme et mon souffle et un nom plus léger qu’une feuille.



Tout est tari, tout est vide, hors mon calice qui s’est encore rempli de lie.



Rachel.

Donnez-le-moi. J’en vais boire la moitié.

(elle prend le calice et boit.)