Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VIII, 1858.djvu/305

Cette page n’a pas encore été corrigée


salaire chaque jour ? Et moi aussi, mon âme dans mon sein aurait chanté avec eux. Je me serais assis pour répéter en moi-même leurs cantiques commencés. Mais tout ce que mes yeux voient, la grotte, l’étoile, la fleur sur sa tige, n’ont plus ni voix, ni soupirs. Il n’y a plus que toi qui pries.



Rachel.

Laisse-moi m’arrêter pour prier encore pour toi.



Ahasvérus.

Oui, prie encore. Ah ! Si je pouvais croire !


Tout meurt, tout s’efface. étoiles et cieux, tout se défait ; îles, caps, mers lointaines, tout disparaît, hors cette plainte dans mon sein, hors cette larme dans mes yeux, hors cette coupe sur mes lèvres. Le jour baisse. Comme une haleine du néant, le firmament s’évapore.

Comme des sarcelles de voyage, les mondes passent rapides dans la brume, et ne reviennent pas. Après eux, dans leur ombre, rien ne reste que la douleur.

Douleur sans nom, douleur sans voix, douleur sans forme, que l’infini exhale, comme l’encensoir l’encens, qu’attends-tu aussi pour disparaître ? La dernière étoile a lui, les cieux s’éteignent ; éteins donc avec toi ce rayon dans mon cœur, et n’oublie pas ce soir de dissiper d’un souffle cette vapeur de ma pensée.

Lampe d’agonisant, que ferais-je de luire, seul dans la nuit, près du chevet du genre humain ? Puisqu’il est mort là dans son lit, jamais sa grande paupière ne se rouvrira pour pleurer, ni sa bouche pour dire : veillez-vous ? Donnez-moi sur mon front de moribond l’huile du Christ.