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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VIII, 1858.djvu/298

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quand j’en avais besoin. Pour courtiser mon onde trop amoureuse, les vaisseaux et les frégates à banderoles se penchaient sur mon lit en écoutant mon haleine. Seulement pour me toucher du bout de l’aile, ils allaient sans se lasser porter mes messages à mes caps hurlants, à mes golfes, à mes îles égarées. L’ombre des villes et des clochers qui roulaient leurs voix humides dans le fond de mes flots me servait d’abri sous les voûtes d’écume. Souvent une âme qui regardait par hasard mes cieux frémissants m’a tenu suspendu pour respirer son secret, ou sa peine, ou sa joie, mieux qu’un myrte de ma baie de Gaëte, ou qu’un arbre d’encens de mon golfe d’Arabie. J’aimais ces foules d’hommes, ces cris, ces langues résonnantes, cet éternel soupir qui sortait du genre humain, comme mon souffle de mes naseaux, quand j’arrive à la plage. Dis-moi, où est-il ? Que fait-il ? Qu’est-il devenu, ce monstre aux mille pieds de marbre et de granit, qui avait des murailles dorées pour écailles, des tours à créneaux pour marcher dans le sable, des villes pour mamelles, et qui me ceignait tous mes rivages de peuples et d’empires comme un serpent-géant qui s’endort à mon soleil ?



Ahasvérus.

Je le cherche comme toi. Les fleurs des bois ne se souviennent pas qu’il ait été jamais, et la poussière du chemin n’a pas gardé la trace de ses pieds. Les marguerites des prés ont mieux su défendre leurs couronnes sur leurs têtes que les rois vêtus de fer. Les joncs que tu as semés ont plus duré sur leurs tiges que les tours à bastions qui grimpaient à leurs sommets pour t’appeler de plus loin. J’ai vu la foule se dissiper peu à peu autour de moi, comme en un jour de fête, quand vient le soir.

Les hommes s’asseyaient sur les bornes, et se cherchaient dans