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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VIII, 1858.djvu/279

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deuil, il n’est pas mort ; plus d’épouvante, il ne vit pas. Réjouissez-vous dans la pointe de l’épi, dans le rayon de l’étoile, dans la goutte de rosée, dans la cime de l’arbre, comme vous faisiez au premier jour du monde, avant d’avoir appris son nom.



Rachel.

Joseph ! Dis, si tu veux, que le ciel est ici, je le croirai ; dis encore que ces dalles froides sont les tapis de lumière du firmament, je le croirai ; mais ne dis pas qu’il faut se réjouir.



Ahasvérus.

Va, mon amour, laisse là ton seigneur ; qu’en ferais-tu ? Tes yeux sont plus bleus que sa tunique : ton regard brille mieux que son auréole.



Rachel.

Ne crois pas le chœur des morts. Leur voix est si froide, quand ils parlent ; on ne sait pas s’ils se moquent ou s’ils se plaignent. Leur cœur ne bat pas dans leur poitrine. Quand ils vous regardent, il semble que rien de vous ne les intéresse, et que vous êtes mort comme eux. Ne les crois pas ; ils te trompent, j’en suis sûre, et tu vas perdre ton âme. Viens, retournons à Worms ; je te chanterai mes chansons qui te plaisent le mieux ; je t’attendrai tout le jour à ma fenêtre : oh ! Tu seras heureux, tu verras.



Ahasvérus.

Je le suis à présent, mon amour. Allons où tu voudras ; ma chaîne est rompue.



Rachel.

Chaque mot de ta bouche brise mon cœur. Qu’as-tu donc fait pour que tu aies si peur du Christ !



Ahasvérus.