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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VIII, 1858.djvu/246

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Mon dieu ! Que nous sommes bien ensemble ! N’est-ce pas ? Qu’une seule heure passée ainsi peut faire oublier de maux ! Je ne désire plus rien au monde. Et toi ?



Ahasvérus.

Ni moi, depuis que ton ombre rafraîchit mon front.

Mes yeux se noient dans les tiens. Tout est silence, tout est bonheur. Je voudrais t’adorer ici, sans faire un pas, pendant l’éternité.



Rachel.

Dans les premiers temps, je me faisais scrupule de t’aimer autant que Dieu. J’ai longtemps souffert ce combat. Je m’en voulais de ne plus trouver que toi dans mon cœur, à l’église, ici, partout. Mille voix me criaient dans la journée : tu vas te perdre. Mais à présent, au contraire, je suis bien sûre que mon amour est saint et que le ciel le bénit.



Ahasvérus.

Ne t’inquiète pas, ma chère âme. Le véritable ciel est en toi : il est dans tes yeux, quand ils sourient ; il est dans ton nom, quand c’est toi qui le prononces. Sur ta tête, il n’y a que la nuée qui se penche, il n’y a que l’abîme qui ouvre sa paupière bleuâtre pour te voir ; il n’y a que l’éternel vide qui t’écoute, pour répéter à jamais le mot qu’il aura entendu de ta bouche.

Tu es toute chose, et tout ce qui n’est pas toi n’est rien. C’est sur tes lèvres que les roses sauvages ont pris leur parfum. C’est pour toi que l’étoile du soir se lève. à une seule pensée palpitante dans ton sein, tout l’univers est suspendu.



Rachel.

Autrefois, Joseph, tu me disais la même chose, et je trouvais cela impie. Aujourd’hui, je vois que c’était moi qui ne te comprenais pas assez.

Tu avais au fond plus de