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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VIII, 1858.djvu/225

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Mais il me manquait une place dans ce cœur, et c’est là qu’est l’univers.



L’univers ! Tu as oublié, peut-être, qu’il va s’éteindre à chaque souffle. Cette goutte d’eau sur tes lèvres se dessèche. Aujourd’hui ou demain, Rachel va mourir. De l’éternité qui brûle ton sein, tu voudras lui donner la moitié, et tu n’auras pas une heure à lui prêter. Elle ne pourra t’entraîner dans sa mort ; toi, tu ne pourras l’entraîner dans ta vie. Plus seul, plus maudit, tu marcheras ton sentier sans issue. Quand tu repasseras dans sa ville, la bruyère te barrera le chemin, l’épine du buisson te demandera : où est donc allée celle qui te faisait aimer, et qui valait mieux que les siècles et que les empires qui t’ont honni ?



Mob.

Pardonnez, si j’entre sans frapper, j’ai cru vous entendre sangloter ; je vous ai fait une boisson qui vous calmera.



Ahasvérus.

Vous prenez trop de soin de moi, vraiment ; je suis confus de vos bontés.



Mob.

Est-ce encore cette même angoisse au cœur ? Deux grains de digitale vous guériront ; ce spécifique est immanquable, je le connais par expérience.



Ahasvérus.

Tant d’hospitalité ne se trouve qu’ici ; mais