Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VIII, 1858.djvu/219

Cette page n’a pas encore été corrigée




Pour ermite, il est trop jeune ; pour fils de prince, il est trop triste ; trop pâle, pour maître templier ; trop fier, pour pèlerin d’amour.



Rachel.

" je me confesse à Dieu tout-puissant, à la " bienheureuse vierge Marie. "



Le Chœur.

Il n’est pas de ces jeunes hommes qui ne songent qu’à tromper, jamais on ne le vit avec eux. Ce qu’il dit, on sent qu’il le croit, il prend tout au sérieux. Entre vous je jurerais qu’il y a mille ressemblances ; et, sans peur, tu lui confierais, je suis sûr, ton cœur et ta pensée ; pensée de jeune fille qui monte dans son âme, qui roule, qui murmure, après le jour, avant la nuit, comme un fuseau tout endormi qui vient gronder à son oreille.



Rachel, en se relevant.

Oh ! Cela est sûr. Je suis trop distraite à présent.

Il n’y a que mes lèvres qui prient, mais mon esprit est ailleurs. Ma bouche prononce des mots ; mon cœur en dit d’autres. Cela ne peut pas durer ainsi.



Le Chœur.

Sur un sable d’or, va, poursuis ton rêve. Sans t’inquiéter, va où te mène ta blonde espérance.

Ne vois-tu pas déjà des jours légers qui dansent en cercle autour de toi ? Ne sens-tu pas ta peine qui s’évapore avec la fleur de lilas et d’amandier.

Dans l’amertume de son lac, si ton âme a trempé son aile brisée, c’est pour remonter plus agile dans son ciel. Si déjà ton cœur qui se gonfle te pèse dans ton sein, cette douleur est de miel, elle ne fait point de mal. Tremblante, si une larme, sans le vouloir, mouille tes cils, d’elle-même elle s’effacera à la tiède soirée.



Rachel.

Cette odeur de lilas porte à la tête, et le bruit de cette