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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VIII, 1858.djvu/205

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Dans mon pays, la mer roule du sable d’or. Les étoiles sont des abeilles qui sucent les fleurs du ciel. Ma ville, quand elle était en fête, retentissait sur la montagne comme le carquois au dos d’un cavalier. Les fleuves se courbaient comme le sabre à son côté ; le désert brillait comme une bague à son doigt.



Rachel.

Et aujourd’hui ?



Ahasvérus.

La bague s’est ternie, le sabre s’est rouillé, le carquois s’est vidé. Dans mon pays, les cyprès verdissaient, les gazelles bondissaient, l’antilope aux yeux d’or broutait des rameaux d’or ; des lions de pierre fouillaient le sable avec leurs griffes, et des licornes couronnées attendaient le jugement dernier pour leur donner, au réveil, le sceptre et la mitre.



Rachel.

Et aujourd’hui ?



Ahasvérus.

Les lions ont secoué leurs crinières et jeté le sable contre le sommet du Calvaire.



Rachel.

Votre pays, quel nom a-t-il, monseigneur ?



Ahasvérus.

Vous ne le verrez jamais.



Rachel.

Y a-t-il longtemps que vous l’avez quitté ?



Ahasvérus.

Le temps ne me fait rien. Il ne laisse de rides que dans mon cœur.



Rachel.

Si vous voulez, on enverra chez vous un messager ?



Ahasvérus.