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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VIII, 1858.djvu/191

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arrive jusqu’à ta fenêtre, quand le vent apporte jusqu’à toi les fleurs des marronniers, tu pleures sans prier. Ah ! Ne te rappelle que les anges de Gomorrhe : je te commande d’oublier tout le reste.



On entend le prélude d’une sérénade dans la rue.



Un Etudiant.

Oui, mes amis, c’est ici qu’elle demeure.

Approchez-vous sous cette fenêtre, où elle a semé des bouquets de résédas et de soucis ; elle est là, soyez-en sûrs, derrière ces vitraux soudés de plomb. Attendez encore un peu. Mon Dieu, mon cœur tremble comme la feuille ! Je ne peux pas chanter. Suis-je assez fou ? Il y a trois mois que je la cherche sans pouvoir lui parler. Savez-vous, maintenant, que je suis docteur, je pourrais l’épouser demain si elle voulait ?



Un Musicien.

Vraiment, monsieur le docteur, est-il possible que vous ne lui ayez encore jamais parlé ?



L’Etudiant.

Oh ! Non, jamais ! Je lui ai envoyé une fois un bouquet de giroflées ; voilà tout. Mais sa mère a l’air d’une bonne femme ; je suis sûr qu’elle s’entendrait avec la mienne pour vivre tous ensemble avec nous à Linange. Depuis que je suis à l’université, mes yeux n’ont pas vu une autre jeune fille que Rachel. Allons, mes amis ; mon cœur n’y tient plus. Commençons.



Un Musicien.

Nos violes sont prêtes ; nos archets plient sur nos cordes. Courage ! Chantez seulement à haute voix :