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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VIII, 1858.djvu/189

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Tu avais un manteau d’azur pour te vêtir ; à présent, tu as la robe de laine que le tisserand du bourg t’a faite. Quand tu passes dans la ville, les vieilles femmes que tu rencontres disent : à quoi pense la vieille Mob, de ne pas marier sa fille ? Vraiment, est-ce que personne n’en veut ? Le fils du tisserand cherche une femme ; le fils du tisserand gagne tous les mois un sou d’argent ; il devrait, par grâce, l’épouser.



Rachel.

O Mob ! Le cœur me fait mal ; laissez-moi me jeter à deux genoux et prier Dieu de toute mon âme.



Mob.

Prie-le seulement de tes lèvres, si tu peux.

Qu’a-t-il à faire de ton âme ? Crois-tu que la prière des feuilles séchées, du coudrier quand il est mort, de la cendre, quand elle est semée, de la lampe, quand elle est éteinte, ne valent pas mieux pour lui que la prière de ton âme ? C’était bon de penser à ton âme quand tu avais deux ailes bleues pour la porter et le pur ciel pour voler. Aujourd’hui, prie, oh ! Oui, prie, si tu veux, comme prient la dalle usée des cathédrales, le vitrail effacé par la brume ; prie comme font la goutte de pluie dans le caveau, la bannière rongée sur sa pique, le ver dans sa toile humide. Qu’as-tu à faire, de regarder toute la journée, assise sur ta chaise de paille, un coin du ciel à travers la vitre de ta fenêtre ? Tu ne rentreras plus dans ce monde des rêves.



Rachel.

Mob, je vais embrasser vos mains. Mais ne dites pas que c’est un rêve ; oh ! Ne le dites pas, vous me rendriez folle.



Mob.

Va ! Oublie ces mitres de lumière, ces auréoles d’or ; fane dans ton cœur ces fleurs de vie, ces pans de manteaux