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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VIII, 1858.djvu/176

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par cent armées des guerres jetées là de son tombereau ! Salut à ses routes poudreuses d’une poussière d’empires, à ses forêts de bouleaux qui frissonnent encore à l’heure de la grande bataille ! à ses maisonnettes de paille où son empereur s’est assis sur le banc, quand il dit au monde, le jour où il lui faisait l’aumône : croix ou pile ! L’univers ou Sainte-Hélène !


Après le salut, viennent les vœux. à ce pays que je contemple, à ce ciel que j’envie, à ce champ que j’ensemence, je souhaite un blond soleil pour l’échauffer, et deux étoiles du matin, l’une qui scintille pour l’éclairer, l’autre qui pleure pour le mouiller de sa rosée.

Dans la guerre, que sa pique soit tranchante, et haute et ferme, et sûre ! Que la pointe de son épée s’écrie dans le fourreau ! Que son sang engraisse jusqu’à l’essieu la roue de son chariot ! Dans la paix, que sa navette, sans se lasser, lui tisse son habit ! Et que son cheval, sans ruer, en Bourgogne comme en Bretagne, et à l’endroit où l’Ain fait et défait sa litière, et là où le Rhône mord son frein, traîne le soc de ses fertiles journées ! Pour mieux fermer son enclos, que le fleuve qui s’en va vers Cologne lui donne sa plus belle rive et la plus fraîche, avec les châteaux, avec les balcons et les tourelles et les femmes qui s’y baignent ! Et de ton côté, dans ton aire des Alpes, aigle d’Autriche, tu laisseras choir de tes serres des villages de chaumes perdus dans la nue, des monts croulants, des forêts, des neiges, de quoi lui faire un toit contre tes aiglons.

Mon Dieu ! France, douce France, fleur du ciel semée sur terre, que tu m’as déjà, sans le savoir, coûté de larmes que personne ne me rendra ! Belle barque sans rameur, que maintes fois, dans la nuit noire, je t’ai attendue