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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VIII, 1858.djvu/130

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e.

Mais à lui le réel, à nous l’idéal. Sans mentir, sur nos ailes de soie, nous avons élevé notre sujet aussi haut qu’il pouvait monter. Par delà, on ne trouve que la voûte du ciel, où niche l’oiseau de mort qui accompagne de ses piaulements chacune de mes paroles. Le style a été revu et châtié pendant trois siècles ; son harmonie est éclatante comme la viole d’un chérubin, et même un peu creuse pour mieux réfléchir notre modèle ; car je soupçonne fort que ces cieux vagabonds, ces étoiles vacillantes, ces dieux, ces âmes immortelles et cette sphère de l’univers, sont des bulles de savon aux couleurs éthérées, que l’infini s’amuse avec un chalumeau à souffler entre ses doigts dans la coupe du monde.



Astaroth.

Ou bien plutôt un rond qu’il fait pour se distraire en crachant dans le puits de l’abîme.



Lucifer.

Oui, la chose est ainsi plus probable ; dès ce soir, je la veux essayer à mon tour sur la source blafarde où nous buvons.



Belzébuth.

L’idée est de bon goût ; elle me plaît tout à fait, car le mal est trouvé.



Sainte Madeleine.

Je voudrais cacher mes larmes sous ma robe de lin ; quand j’étais assise sur le chemin de Joppé, quand je baissais mes yeux dans mon livre des psaumes, j’entendais une voix toute pareille, en effeuillant les herbes et les marguerites des prés.



Belzébuth.

Mon amour, votre sensibilité est exagérée, votre imagination vous trompe ; soyez sûre que c’est un pur effet de