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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VIII, 1858.djvu/102

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déesse ; Ninive, apportez-moi les étoiles scintillantes que vos prêtres ont attachées sur votre mitre ; Saba, envoyez-moi, sur un éléphant de l’Inde, votre Dieu à mille têtes d’ivoire, couché dans sa pagode. Passez, tournez vite autour de mon foyer magique, villes d’Orient, sur vos chariots. Je mêle et je broie avec mes devins cieux et terre.



Les Villes.

Nous faisons ce que vous dites. Aurez-vous bientôt fini ? Voilà encore des dieux d’airain ; en voilà aussi de bronze.



Babylone.

Voyez, voilà aussi la grande idole qui paraît ; elle bouillonne dans la chaudière du monde, comme une rumeur qui gronde dans nos murs ; voyez, elle n’a plus ni becs, ni serres de griffons, ni ailes pour voler, ni anneaux de serpents pour ramper. La voilà qui se dresse sur ses pieds comme un homme. Vraiment on dirait un vieillard de Chaldée qui a toujours vécu, et qui sort de son gîte pour la première fois. Comment l’appellerons-nous ? Allah, Eloha, Jéhovah, qui le sait ?



Jérusalem.

Moi !



Babylone.

Qui appelle ?



Jérusalem.

Votre sœur Jérusalem ? Attendez-moi, j’arrive ; laissez là votre ouvrage.



Babylone.

Où êtes-vous ?



Jérusalem.

Du côté de Joppé. J’ai crié avec l’armée qui m’assiégeait, avec la trompe du héraut, avec la lime qui me ronge, avec le soldat qui me fouette, avec mon toit qui s’écroule.



Babylone.