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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/325

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Au loin la sentinelle, en son urne fragile,
Ne pèse pas un nom comme on pèse l’argile.
Non ! L’océan n’a point de secret à garder,
Point de tombe à bercer, point d’écueil à sonder.
Dans le val de Longwood, le sentier n’est pas sombre ;
On n’y voit pas des monts descendre une grande ombre,
Non ! L’insecte n’a pas sur la tombe rampé ;
Le linceul n’a rien vu ! L’abîme s’est trompé.
Car lui n’était pas fait comme les morts vulgaires
Que couvre tout entiers l’herbe des cimetières.
Ceux-là, heurtant en vain le sépulcre du front,
Se creusent de leurs mains un néant plus profond.
Ils ne reverront pas avant l’aube éternelle
Leur toit, ni leur foyer, ni leur veuve fidèle.
Mais lui ne s’était pas de sable et de limon
Bâti son espérance et composé son nom ;
Il n’avait rien fondé sur l’amour ou la haine,
Sur les vents, sur l’écume ou sur la vague humaine ;
Rien sur un rêve ailé qui meurt en s’éveillant,
Rien sur les vains regrets qui rampent en fuyant.
Il n’avait pas non plus établi sa demeure
Parmi les faux héros qui ne durent qu’une heure.
Du moindre de ses jours, dans l’ombre enseveli,
Il ne redevait rien à la cendre, à l’oubli.
Il ne s’était pas fait du lin de son empire
Une tente d’un jour que le chevreau déchire.
Mais en mille combats, ramassant son butin,
Toujours il revenait les bras chargés d’airain ;