Ouvrir le menu principal

Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/311

Cette page n’a pas encore été corrigée



—Comment l’appelle-t-on ? -Son nom est Sainte-Hélène.
—Et qu’ont-ils fait encore ? -Ils ont rivé sa chaîne.
Ils lui disputent l’ombre et le vin et le pain ;
Ils mesurent sa soif, ils marchandent sa faim.
À travers ses barreaux, ces lions de courage
Ont insulté du pied le grand aigle en sa cage.
—Est-ce tout ? -Non ; pleurez ! Sans vergogne et sans peur
Ils lui ferment la bouche ; ils musellent son cœur.
Ils courbent sous le faix l’homme des pyramides ;
Ils ont pesé son souffle ; ils ont compté ses rides.
Ils ont dit : encore une à ce front qui pâlit !
Et l’œuvre sera faite, et le tombeau rempli.
—Est-ce tout ? -Pas encore. Ils rouvrent sa blessure
Sitôt qu’elle s’endort. Ils ont semé l’injure
Aux deux bords du chemin. De ses hauts fondements
Ils traînent sa pensée en de vils châtiments.
Ils mêlent dans son pain le fiel et l’avanie,
Et, comme un malfaiteur, garrottent son génie.
Du nouveau Prométhée ils ont ouvert le flanc ;
Le vautour d’Albion boit lentement son sang.
Au loin, le roc est nu ; la maremme, homicide ;
L’arbre à gomme africain y jette une ombre aride ;
Et debout sur le seuil, comme fait un geôlier,
L’océan, sans dormir, garde son prisonnier.
—C’est pourquoi, je te hais, vile et vile Angleterre,
Pays de tromperie, et vaisseau de misère !
Je te hais sur ta dune ! Et sur ton bord altier !
Je te hais dans tes flots, à ton pâle foyer !