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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/310

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Oh ! N’entendrai-je plus le clairon retentir,
Et crier : lève-toi ! Viens au désert de Tyr !
Viens aux sources du Nil, où le soleil se lève !
Ou bien, dans le kremlin, viens achever ton rêve !
Qu’est devenu celui qui donnait, chaque jour,
Son breuvage à l’épée et sa part au vautour ?
Quand il régnait sur nous, le monde en son orbite
Ne rampait pas si bas comme un insecte au gîte.
Les cieux étaient plus grands, le jour était plus pur ;
Et l’état mieux réglé marchait d’un pas plus sûr.
Et l’on ne voyait pas tant de nains au front blême,
À leur front rattacher leur lâche diadème,
Ni tant d’hommes trembler, comme on fait aujourd’hui ;
Mais le glaive honoré s’enivrait de lumière ;
Des casques orgueilleux ondoyait la crinière…
Le savez-vous, chanteur ?… Ah ! Qu’ont-ils fait de lui ?
—Sur un vaisseau rapide, à la voile parjure,
Par delà le Cancer et sa verte ceinture
Les nains l’ont entraîné sous la foi d’Albion ;
Et les aigles de mer ont suivi son sillon.
—Et que disait l’abîme attendant le naufrage ?
—L’abîme se cabrait comme un coursier sauvage
Dans une île égarée au bout de l’univers,
À l’endroit où les flots étaient le plus amers,
Ils ont emprisonné ce géant des tempêtes.
La brume le couronne au haut des chauves crêtes,
Et le roc sous ses pas s’ouvre vide et béant,
Ainsi qu’un grand tombeau que fouille l’océan.