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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/296

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Avez-vous, dans son lit, vu dormir l’océan ?
Avez-vous vu la mer, au golfe de Juan,
La mer, au sein d’azur, qui palpite et qui rêve,
Quand l’arbre de Provence a parfumé sa grève,
Quand l’épervier d’Antibe a niché sur son bord,
Et que le flot ridé se tait et se rendort ?
Une mer que mainte île en son golfe sillonne,
Comme un soc aiguisé, Pianosa, la Gorgone ;
Et puis une autre encor, qui se cache aujourd’hui,
Mais dont l’écueil muet, quand son astre aura lui,
Retentira plus haut sur sa rive enivrée,
Que Naple et que Gaëte, Ischia, ni Caprée.
Avez-vous vu le golfe, à l’heure où le soleil
Allume vers l’Arno, son phare de vermeil ?
Du calice des fleurs, de l’anse du rivage,
Un murmure s’exhale ; il glisse sur la plage.
Un flot naît, puis s’efface ; un autre naît encor,
Et l’abîme, après lui, s’éveille en son puits d’or.
Et l’aigle, après l’abîme en son aire éternelle,
A quitté son écueil et secoué son aile.
Comme une fleur marine éclose en son vallon,
Une voile a blanchi là-bas sur son sillon.
Une voile ! Une voile ! Oh ! Oui ! C’est un navire,
Un corsaire à trois mâts, qui vole et qui respire.
Puis, au loin, un vaisseau le suit, dans son sentier,
Comme après l’hirondelle arrive l’épervier.
" Votre nom ? -Île d’Elbe. -Et votre port ? -La France.
—Que portez-vous ? -Un homme. -Et quel est-il ? -Silence.