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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/295

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Et l’autel du passé retrouve sa dépouille ;
Le casque se remplit de poussière et de rouille.
L’étendard s’enveloppe en son sanglant manteau.
Il se plaint à l’épée, et l’épée au tombeau.
Et maintenant, c’est l’heure où la terre des gaules
Gémit, comme une harpe, à l’ombre des vieux saules.



XLII. L’ÎLE D’ELBE

 
La terre a refleuri sans songer au tombeau.
Voici, voici le jour où sur son frais rameau
La feuille reverdit sans songer à l’automne.
Maints rois dans leur sépulcre ont cherché leur couronne ;
Avant eux dans le bois, la violette en mars
A retrouvé sa fleur et ses parfums épars.
Avez-vous respiré le printemps dans la brise,
Dans la nuit, et dans l’air, dans le flot qui se brise ?
Avez-vous entendu, pour la première fois,
Les pleurs du rossignol, le cri de l’alouette ?
Avez-vous, le matin, quand la feuille est muette,
Entendu frissonner la source au fond des bois ?
Tout un empire est mort. Avez-vous, à sa place,
Vu germer dans les prés, où son chemin s’efface,
La marguerite d’or ? Puis avez-vous jamais,
Quand un siècle finit et se tait désormais,
Et que l’heure est passée, où tout un peuple gronde,
Vu bourdonner l’abeille à la place d’un monde ?