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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/292

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N’oublions pas non plus au fond de leur poussière
Le nom de leurs chevaux à la blême crinière.
Car, dès que le clairon hennissait sous les cieux,
Bondissants, dans l’étable, ils s’appelaient entre eux,
Disant : c’est l’heure ! Allons ronger l’herbe sanglante.
Et leurs pieds réveillaient leurs maîtres sous la tente.
Et leurs maîtres penchés sur les selles de fer
Descendaient des vallons comme un torrent d’hiver.
Oh ! Que le vent gonflait le pli de leur bannière !
Que leurs pas orgueilleux soulevaient de poussière !
Qu’ils prenaient en un jour de royaumes peuplés
De villes et de tours et de murs écroulés !
Sans parler du désert, ni visiter l’Asie,
Ni le flot du Jourdain, ni sa source asservie ;
Sans toucher vingt états, vers le Nil égarés,
Ni les tours du kremlin, ni les hauts minarets ;
Ni les châteaux du Rhin sur leurs rives humides ;
Sans nommer l’alhambra, ni les sept pyramides.
Et maintenant les boucs ont dispersé leurs os ;
Et leur chef en son île, insulté par les flots,
Muet, découronné, prisonnier, sur la plage
Écoute jour et nuit le bruit de son naufrage ;
Et, comme un porte-clef, sur ses pas, l’océan
Fait sonner haut sa grève et l’abîme béant.
Reviendront-ils bientôt dans la terre de France,
Ceux qui savaient briser la lance avec la lance ?
Que tardent-ils ? Le glaive a-t-il tari leur sang ?
La maison dépeuplée attend son maître absent.