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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/289

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Votre royaume, sire, est grand comme les cieux.
Où voulez-vous aller ? Commandez-nous des yeux.
—Je vais dans un endroit où la nuit est profonde,
Où finit toute joie, où commence le deuil,
D’où l’on ne revient plus quand on quitte son seuil.

Soldats, le pas de course a fatigué le monde.
Je descends les degrés de mon adversité ;
Je vais parmi les morts dans la postérité ;
Où toute passion se dépouille et s’oublie,
Où le flot sur sa rive abandonne sa lie,
Où le temps immobile éternise un moment ;
Car le malheur manquait à mon couronnement.
Non, non ! Ne pleurez pas ! Je vais dans un abîme
Où le sceptre brisé refleurit à sa cime,
Où le mensonge perd sa flèche et son venin,
Où les cœurs sont de bronze, où les yeux sont d’airain,
Où la haine s’efface aussitôt qu’on la nomme,
Où rien ne peut mourir, et pas même un nom d’homme.

—Ah ! Sire ! Dès ce soir, irons-nous avec vous
Dans ce nouvel empire ? -oui, vous y serez tous,
Autour de moi rangés, sous des tentes de gloire
Aux piliers de granit. Voyez ! Dans ma nuit noire,
Un soleil plus brûlant s’allume dans mon ciel.
Mon aigle prend déjà son essor éternel.
Comme elle, il faut partir. Adieu, chevaux rapides,
Qui si vite traîniez, du pied des pyramides
À la tour du kremlin, mes destins accomplis.
Adieu, sabres luisants d’Arcole et d’Austerlitz,