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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/287

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On les voyait courir, le front haut et serein,
Aux Alpes, au Thabor, sur le Nil et le Rhin ;
Et, comme un océan que harcelle un fantôme,
Balayer devant eux le sable d’un royaume.
Ah ! France, as-tu du cœur ? As-tu des yeux pour voir ?
As-tu des dents pour mordre ? As-tu, sans le savoir,
Du sang, encor du sang, en ta veine épuisée ?
As-tu dans ton carquois une flèche aiguisée ?
Ou, serpent sans venin, qui rampe en son sillon,
N’as-tu plus que la langue au lieu de l’aiguillon ?



XL. FONTAINEBLEAU

 
Le serpent a sifflé sous l’épaisse broussaille ;
Et de Fontainebleau le feuillage tressaille ;
Oui, la forêt frissonne ; une meute aux abois
De peuples haletants retentit dans le bois ;
Et par monts et par vaux, ardents à la curée,
Un chasseur les conduit par sa chaîne dorée.
Celui dont rien jamais n’a retardé les pas,
Celui qui de sa flèche a blessé mille états,
Palmyre en son désert, et Tyr sous sa couronne,
Athène après Memphis, Rome après Babylone ;
Celui qui comme l’aigle étreint le passereau,
Et comme l’océan prise la goutte d’eau ;
Le même qui naguère, en sa chasse royale,
Démusela le goth, le franc et le vandale ;