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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/285

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Si ton clairon se tait, enfle plus haut ta voix.
Si ton épée est courte, agrandis tes exploits.
Si ta barque se rompt, que ton espoir surnage !
Si ta muraille est basse, exhausse ton courage !
Si ton glaive s’émousse, aiguise ta fureur !
Si son tranchant se perd, combats avec le cœur !
Sinon, tu sentiras comme il est homicide,
L’aiguillon de la honte ; et comme elle est aride
Quand le vainqueur a soif, la coupe du vaincu.
Tu sauras dans son sein comme son cœur est nu ;
Et quand on l’a courbée, un jour, sous la tempête,
Ce qu’il faut de longs jours pour redresser la tête.
Sinon, tu sentiras combien le lit est dur
Où le vaincu s’endort, combien son ciel obscur ;
Tu verras de quel or est faite sa couronne ;
S’il est doux de semer quand un autre moissonne ;
S’il est doux de plier des genoux asservis
Et de baiser les mains qui tuèrent nos fils.
Paris, monstre sans bras, sans yeux et sans oreilles,
Ne sauras-tu jamais, comme un essaim d’abeilles,
Que gronder en ta ruche ? Et composer ton miel
De paroles sans suc, de mensonge et de fiel ?
Ne sauras-tu jamais, courtisane, à ton âge
Que diviser ton cœur et farder ton visage ?
Te verra-t-on toujours, en ton chemin banal,
Caresser, sans amour, et le bien et le mal,
Et le pour et le contre, et le rien pour tout dire ?
Toujours tuer tes fils ! ériger pour détruire !