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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/283

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Afin qu’en si haut lieu, les peuples sous le frein,
Mesurant ma grandeur, mesurent son déclin.
Mon aigle n’emportait le monde sous sa serre
Que pour le laisser choir du plus haut de son aire.
Oui, combattons ici tous nos meilleurs combats.
Si les vivants sont las, les morts ne le sont pas.
Fortune ! Gloire humaine ! Avenir ! Renommée !
Éternité d’un jour ! Espérance ! Fumée !
Défendez-moi vous seuls, au moins jusqu’à demain,
Et montrez ce que peut tout le pouvoir humain.
À moi, Desaix ! Kléber ! Poussière de Syrie !
Poussière d’Aboukir ! Poussière d’Italie !
Holà ! Soulevez-vous au souffle de mon nom !
À moi ! Mes vieux soldats des déserts de Memnon !
Souvenez-vous de moi, vous, vieilles pyramides !
Prenez-moi dans votre ombre en mes destins arides.
Lève-toi, Marengo ! Levez-vous, Austerlitz !
Eylau ! Wagram ! Iéna ! Levez-vous tous, mes fils !
Batailles de géants, faites-moi ma ceinture !
Soyez-moi ma cuirasse et mon épaisse armure !
Comme de jeunes sœurs, saluez, du tombeau,
Champ-Aubert ! Montmirail ! Craonne ! Montereau ! "
Quand il eut fait silence, ah ! Les morts se levèrent ;
Et l’on dit qu’à sa voix, dans la nuit arrivèrent
Sur de blêmes chevaux maints blêmes escadrons.
La rouille usait déjà leurs casques sur leurs fronts.
Au bout des fers de lance où l’aigle attend sa proie,
Les vers avaient filé leurs étendards de soie.