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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/279

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—Ma bonne lance polonaise,
Qui ce matin tressaillais d’aise,
Pourquoi pleures-tu, dis-le-moi ?
—Poniatowski, noble roi,
Je ne sais pas quand vient cette heure,
Pourquoi j’ai froid, pourquoi je pleure.
Le ciel est lourd ! L’herbe gémit.
Le fleuve est grand. Le bord frémit.
—Toi, mon vaillant cheval de guerre,
Qu’as-tu pour baisser ta crinière ?
—Poniatowski, noble roi,
Le sabre est las ! La lance a froid !
Fuyons là-bas vers mon étable,
Où dans leur litière de sable,
Comme un cheval sous le harnais,
Dorment les fleuves polonais.
—Ton étable est dans la mêlée.
Sous les pas des lions foulée
Ton herbe croît dans les combats.
La Pologne n’est plus là-bas.
Elle est toute ici sur la grève,
Avec ma lance, avec mon glaive,
Avec la dépouille des morts
Que ce fleuve arrache à ses bords.
Sans que l’aiguillon l’éperonne,
Ah ! Le noble cheval frissonne.
Sans que son maître ait dit un mot,
Il s’est élancé dans le flot :
Le flot blêmit, l’onde murmure.
On voit surnager une armure ;