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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/278

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Sous l’orme de Leipsick qui jette une ombre noire,
Pendant trois jours, trois nuits, sans manger et sans boire,
Oui, tous ont oublié la faim et le sommeil,
Et la nuit et le jour, et l’ombre et le soleil.
Le premier jour a lui ! Le glaive a soif encore.
Cent peuples contre un homme ont lutté dès l’aurore.
Le second jour a lui ! Le glaive a soif ! Hourra !
Aujourd’hui pour toujours qui le rassasiera ?
Hourra ? Tous en leur cœur ont caché leur blessure,
Et les corbeaux ont faim ; ils cherchent leur pâture.
Le dernier jour a lui ! Du sang ! Du sang ! Du sang !
La terre aride a soif et la glèbe se fend.
Du sang ! Du sang ! Du sang ! Par l’épée et la lance !
Le dernier jour a lui. Les morts ont froid ! Silence !
Les chasseurs de Lutzof n’entendront plus le cor ;
Mais le glaive a redit : j’ai soif, j’ai soif encor !


XXXVII. PONIATOWSKI

 
Ainsi qu’une noire fumée,
Au flanc des monts, toute une armée
S’est dissipée avant la nuit.
Avant le jour, pâle et sans bruit,
Un cavalier passe dans l’ombre.
Ah ! Que sa lance est froide et sombre !
Sur son chemin retentissant,
Qu’elle a déjà pleuré de sang !