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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/276

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Non ! Le murmure croît ! Un écho plus sonore
Le réveille s’il meurt ; une autre bouche encore
Le répète après lui ; puis l’épouse au foyer
Le répète à son tour ; puis un empire entier
Se lève comme un homme ; et, quand la brume est sombre,
On entend mille voix qui s’appellent dans l’ombre.
Ah ! Frères du Tyrol ! Souabes ! Bavarois !
Électeurs palatins ! Grands-ducs ! Comtes et rois !
Nous n’avons tous qu’un nom : Allemagne ! Allemagne !
Et notre père à tous s’appelait : Charlemagne.
Il vivait sur le Rhin, sous le toit de granit
Où le faucon royal fait aujourd’hui son nid.
Sur le Rhin ! Sur le Rhin ! Le fleuve aux larges ondes !
Le fleuve des aïeux, aux cavernes profondes !
Comme un peuple ses fils, il pousse ses grands flots.
Avec sa lourde vague il redit aux échos :
Allemagne ! Allemagne ! Et son double rivage
Comme un taureau sans joug rebondit dans l’orage.
Sur le Rhin ! Sur le Rhin ! Saxons ! Westphaliens !
Maison de Barberousse ! Hongrois ! Bohémiens !
Frères, il est à nous, avec sa blanche écume,
Avec ses îles d’ambre, et son manteau de brume ;
Sur l’un et l’autre bord, comme ont fait les germains,
Après notre combat, nous laverons nos mains.
Sur le Rhin ! Sur le Rhin ! Le fleuve aux longues rames.
Son flot est pâle et bleu, comme les yeux des femmes.
Son flot est pâle et sonne, au pied des vieux châteaux,
Comme à son baudrier, le glaive d’un héros.