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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/275

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—Veillez-vous, sentinelle ? Au loin, là, dans la brume,
Avez-vous vu ? -J’ai vu. -Comme un feu qui s’allume ?
—Oui, vingt peuples debout que suivent les autans.
Fuirons-nous ? -Nous mourrons. -Entendez-vous ? -J’entends.


Chœur
Au flanc des monts, que notre armée,
Ainsi qu’une noire fumée,
Avec nos chars monte sans bruit !
Que tout un peuple dans la nuit,
Au souffle naissant de l’orage,
S’éveille, comme le feuillage
Qui tremble dans les bois d’Odin.
Que notre glaive, en notre main,
Comme une vierge des batailles,
En attendant les fiançailles,
Hors de son seuil, avant le jour,
Ne chante pas son chant d’amour !
—Aux armes ! Les voici ! Garde à vous, sentinelle !
Comme au fond d’un ravin, un nuage de grêle,
Comme autour d’une ruche un essaim de frelons,
Ils passent en grondant, sur le flanc des vallons.

Chœur
Un mot, non, un soupir d’une bouche muette
S’échappe, par hasard, et le vent le répète.
Sous l’arbre des forêts, à l’ombre des cités
Il circule la nuit, dans les lieux écartés ;
Il s’élève, il se tait ; puis il meurt sous la brise,
Comme un soupir du Rhin, quand sa vague se brise.