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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/272

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Aurai-je comme vous, tout entière d’airain,
Une épée aussi grande et qui brille en ma main ?
Et si je fais un pas, les peuples de la terre
Cacheront-ils aussi leurs fronts dans la poussière ?
Aurai-je dans la mer, où la vague s’endort,
Une île toute bleue avec des sables d’or ?
Et le monde à vos pieds qui pleure et qui soupire
Sera-t-il assez grand pour me faire un empire ? "
Et le héros disait, en se parlant tout bas :
" Oui, mon fils, prenons garde, en ces sanglants débats,
Que tout votre royaume, avec l’or de son île
Et sa luisante écume, et son palais d’argile,
Avant la fin du jour ne tienne en mon tombeau. "
Cependant, il a pris l’enfant dans le berceau,
Tout pâle d’épouvante, il a sur son armure,
Déroulé de son fils la blonde chevelure.
Puis, l’emportant au loin, aveuglé par les pleurs,
Dans sa main il froissait la couronne de fleurs
Au front du roi de Rome ; et, le montrant au monde,
Souriant, il disait à la foule qui gronde :
" Gardez bien mon enfant autour de son berceau,
Comme fait un lion près de son lionceau.
Quand je ne serai plus, il aura ma couronne,
Mon empire, et mon glaive et mon dais qui rayonne.
—sire, il est notre roi ; nous veillerons sur lui ;
À votre grand combat retournez aujourd’hui.
Comme l’aiglon à l’aigle, il ressemble à son père.
Il a son pâle front et sa fauve paupière.