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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/270

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Dont les peuples tenaient la selle et l’étrier
Sous sa botte courbés, ainsi qu’un écuyer ;
Qui poussait devant lui les rois dans la poussière
Comme un troupeau soumis au fouet de sa colère ?
N’était-ce pas celui dont l’épée au fourreau,
Toujours blême et glacée, a creusé maint tombeau ?
Qui, sur son char d’airain traînant sa renommée,
Passait au pied des tours avec sa grande armée,
Et comme les flocons de la neige en hiver,
Dans les champs entassait ses escadrons de fer ?
Mais lui resta muet ; et sous sa froide armure
Il cacha son front pâle et sa froide blessure ;
Et nul ne vit ses pleurs, s’il en versa jamais,
Hors son louche coursier, sous ses sanglants harnais.
Muet dans son orgueil, muet dans sa ruine,
Son cœur n’a pas battu plus vite en sa poitrine.
De tant de nations qui marchaient après lui,
Quand pas un messager ne lui reste aujourd’hui,
Ardent avant-coureur de son propre naufrage,
Lui-même de sa chute il porte le message ;
Et le monde, voyant cet homme sur son seuil,
Ne sait s’il faut sourire ou s’habiller de deuil.
Sourire ! Oh ! Non, grand dieu ! Car, sitôt que sa bouche
Aura dit son secret, mainte femme en sa couche
Gémira. Maint créneau tremblera sur sa tour.
Maint empire peuplé sera vide en un jour ;
Et loin du maître absent, mainte coupe remplie
Au fond ne gardera que poison et que lie ;