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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/268

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Les pleurs se sont taris. Dans sa cité sanglante
Tout un peuple de morts s’abrite en la tourmente.
Pâle, au déclin du jour sur le bord du chemin
La foule s’est assise ; et puis le lendemain,
Plus pâle, elle est restée ; et puis, le soir encore ;
Et puis, après le soir, plus pâle dans l’aurore ;
Et les sabres tout nus ont rongé leurs fourreaux ;
Et les vieux cavaliers ont rongé leurs chevaux.
Qui sont-ils ? Sans tombeaux, sans guides et sans maître,
Le front ceint de frimas, quel lieu les a vus naître ?
On dit qu’en d’autres temps, aux lieux où le soleil
Remplit de rayons d’or son urne de vermeil,
On les a vus passer au pied des pyramides,
Ainsi que le simoün, sur ses ailes rapides.
On dit que le désert se souvient de leur nom,
À l’endroit où le Nil se souille de limon,
Que leurs chevaux trempés dans les lacs d’Italie,
Ont séché leur crinière aux vents de la Nubie.
Mais ces jours sont passés, et leur ombre avec eux ;
Et leur ardent soleil s’est éteint dans les cieux.
Alors, les cavaliers à l’haleine glacée,
Que Dieu sur le chemin de sa vaste pensée
Poussait depuis l’Ukraine, ont de leurs froids manteaux
Secoué les frimas sur le front des héros ;
Et comme le géant qu’on trouve sur la plage,
Ils ont enseveli ce peuple en son ouvrage.

Et, la tombe a grandi, comme un mont, sous leurs mains ;
Comme un mont qui nourrit des pins dans ses ravins,