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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/266

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Ou visiter le khan dans sa tour de l’Ukraine ?
—Je vais dans le chemin où ma lance me mène.
Je vais dans le sentier où le vent de l’Oural
Souffle dans mes cheveux et fouette mon cheval.
Puis, comme dans les blés de noires sauterelles,
Ses frères l’ont suivi, tous penchés sur leurs selles !
Tous avec leur poignard, caché sous leur caftan ;
Lui seul porte à sa main un sabre de sultan.
Tous avec une lance aiguisée au Bosphore ;
La sienne est la plus belle et luit avant l’aurore.
Poitrail contre poitrail, naseaux contre naseaux,
Crinière sur crinière, ils pressent leurs chevaux ;
Rapides dans le jour ; et quand le jour s’efface,
Plus rapides la nuit, dans son sentier de glace.
Et quand la nuit finit, rapides au matin,
Plus rapides le soir, et puis le lendemain.
Hourrah ! Ils ont passé. Dans le mont et la plaine,
Ils chassent devant eux les autans de l’Ukraine.
Ils sèment sur leurs pas les frimas de l’Oural ;
Sur leur selle, en courant, ils traînent le mistral,
Comme un manteau d’hiver qu’ils roulent sur leur tête ;
Et comme leurs chevaux ils fouettent la tempête.
Hourrah ! Le sabre a froid dans sa prison de fer,
Et le poignard s’émousse au tranchant de l’hiver.
L’aiglonne a réchauffé son petit sous son aile.
Hourrah ! La lance a froid ; les morts ont froid comme elle.
Qui la réchauffera sous une aile d’airain ?
Tout le sang des vivants s’est figé dans leur sein.