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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/259

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Ah ! Quand il entendit le vieux nom d’Aragon
Qui brisait des tombeaux les portes sur leur gond,
L’évêque de Grenade a quitté son suaire.
Il est sorti debout de sa propre poussière.
Sans guide il a suivi le chemin des sierras,
Et, pâle, il est monté sur les Alpuxarras.
Sur la cime il a dit les saintes litanies ;
Et l’alhambra se tait sur ses dalles bénies.
Et Valence, et Médine, et Tolède à genoux
Ont redit après lui : grands saints, priez pour nous !
Vierge des assiégés, soyez-moi ma barrière !
Tour de ma délivrance, exhaussez ma bannière !
San Jorge ! Prêtez-nous votre casque divin.
San Miguel ! Votre épée et son tranchant d’airain.
San Diego ! Préparez le festin du carnage.
San Bartholomeo ! Gardez mon héritage.
San Fernando ! Soyez la tour de mon beffroi.
San Pablo ! Conduisez l’épouvante après moi.
Sant Iago ! Bénissez les longues espingoles.
Sant Andrès ! Aiguisez les lances espagnoles.
San Juan ! Donnez-nous des fusils enchantés,
Des sabres flamboyants, toujours ensanglantés !
San Lucas ! Labourez le champ de nos batailles !
San Pedro ! Faites-nous de belles funérailles !
Et là-haut, sur le mont, le clairon portugais
A dit : écoutez-moi, cieux, sous vos vastes dais !
Et là-bas, dans la plaine à la verte pelouse
Où gronde le Douro, la trompette andalouse