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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/257

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Sur ses tapis d’azur, que ce bal d’empereurs
Est noble dans sa joie et qu’il foule de fleurs !
Et quand elle sourit, sous ses tresses d’ébène,
Que ce rubis sied bien sur le front d’une reine !



XXXI. SARAGOSSE

 
Malheur ! Malheur ! Malheur ! à travers ses rideaux,
Ah ! La fête a pâli sous ses mille joyaux !
Un cri s’élève à l’heure où la terre sommeille.
Les cieux l’ont entendu. L’Èbre prête l’oreille ;
Le Douro le répète ; et d’un pas de géant
Le Tage aux flots guerriers le porte à l’océan.
Est-ce un cri de vautour qui cherche sa pâture ?
Un lion d’Aragon qui lèche sa blessure ?
Ce n’est pas un lion ; ce n’est pas un vautour :
C’est Saragosse en deuil, sur sa plus haute tour,
Au milieu de ses sœurs, qui crie : à moi, Castille !
Aragon, levez-vous ! Es-tu debout, Séville ?
Chantez vos chants de mort, Andujar et Burgos,
Valence, qui du Cid avez gardé les os,
Sagonte mon aînée ; Abrantès et Tudèle,
Médine la mauresque, et Tolède la belle.
Toi, sainte Lérida, monte sur ton clocher,
Et dis si de tes monts on peut voir mon bûcher.
Lisbonne, à pleines mains, dans le flot qui t’enserre,
Sans faute as-tu rempli le seau de ta colère ?