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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/256

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Qu’ai-je encore besoin de coupe et d’échanson
Pour boire, en mon festin, mon fiel et mon poison ?
Pourquoi n’êtes-vous plus le soldat d’Italie ?
Au camp je vous suivrais sous le vent et la pluie.
Quand la lance s’endort, la nuit, dans son drapeau,
C’est moi qui remettrais votre épée au fourreau.
—Mon épée a jeté son fourreau dans l’abîme,
Madame, et dans la nuit son éclair se ranime.
—Pourquoi n’êtes-vous plus le soldat du Thabor ?
À l’endroit où le Nil épanche son flot d’or,
Sous vos tentes de lin, que ronge la chamelle,
C’est moi qui veillerais, comme fait la gazelle.
—Mon désert est partout où passe mon cheval,
Et je veille sur lui comme un lion royal.
—Sire ! Adieu pour toujours ! Que le ciel vous pardonne !
Reprenez votre anneau, reprenez la couronne.
Moi, j’ai cueilli l’épine, une autre aura la fleur ;
Une autre aura le baume, et j’aurai la douleur.
Moi, j’aurai le soleil, une autre aura l’ombrage ;
Moi, je boirai la lie, une autre le breuvage.
Une autre aura la fête, et moi j’aurai le deuil ;
Une autre la guirlande, et moi le lourd cercueil.
Demain, pensez à moi, si la terre soupire,
Et qu’un nuage noir passe sur votre empire.
Moi, j’étais votre étoile ; et je me meurs. Adieu.
—On vous voit ; souriez, madame, au nom de Dieu ! "
Là-haut, dans ce palais, sous ces flots de lumière,
À travers ses rideaux, que la fête est légère !