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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/250

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Est-il amer autant que l’ont dit les vaincus,
Et la foule qu’on brise, et qu’on ne revoit plus ?
N’a-t-il pas sa douceur dans son poison mêlée ?
Plus on la doit payer, plus elle est emmiellée.
Ce grand mot de malheur, que je sache, il le faut,
S’il tient ce qu’il promet, ou s’il parle trop haut.
Autant que j’ai monté, je voudrais redescendre,
Pour connaître au retour en marchant dans ma cendre,
Comme un dieu qui mesure un monde sous ses pas,
Et le mal, et le pire, et le haut et le bas.
Qui sait lequel vaut mieux, quand on touche à la cime,
Le monter, le descendre, ou le faîte ou l’abîme ?
Si je n’étais plus là, que ferait l’univers ?
Comme un enfant sans guide, il crierait : je me perds.
Pourrait-il un seul jour, sans ma main tutélaire,
Marcher dans son orbite et gagner son salaire ?
Et de leurs robes d’or les peuples orphelins,
Sauraient-ils se vêtir et trouver leurs destins ?
Je régnerais ici rien que par mon absence,
Plus que je n’ai régné par ma toute-puissance.
Mieux que n’ont fait ma gloire et ma prospérité,
Mon néant remplirait la vide immensité.
Ma chute, en un moment, de bruit et de fumée
Comblerait de mes jours l’étroite renommée.
Oui, c’en est fait ! J’ai bu le vin de mon orgueil ;
J’habite mon vertige, et j’en franchis le seuil.
Je veux jouer d’un coup le jeu de mon empire.
L’éternel tient les dés. Croix ou pile ? Que dire ?