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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/248

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Comme un aigle en son gîte, entré dans les hasards,
Je couve ici des yeux les royaumes épars.
Penchons-nous davantage au bord du précipice
Où chaque homme à son tour pose le pied et glisse.
Ah ! Je le vois, le gouffre ; il est à mon côté,
Pour dévorer mon ombre et ma félicité.
Il se creuse, il s’abaisse, il tournoie, il chancelle,
Et par mon nom de roi le vertige m’appelle.
Attends-moi ! Je descends dans mon aveuglement.
Laisse-moi sur mon faîte une heure seulement,
Dieu, qui mets le bandeau comme on met les couronnes
Aux yeux des empereurs quand tu les abandonnes.
Une heure, en cet endroit, affranchi de tous soins !
Un insecte vit plus ; et tu le presses moins !
Quoi ! Pas une heure ici (tant la pente est glissante)
Pour écrire mon nom et déployer ma tente !
J’arrive à mon sommet ; c’est pour y chanceler.
Mon empire à son but se hâte pour crouler ;
Où monte mon orgueil, ma fortune s’arrête ;
Et ma chute commence à l’endroit de mon faîte.
Donc, que d’un même mot ma fortune, en ce lieu,
Reçoive en même temps le salut et l’adieu !
Quand là-bas, sous mes pieds, l’univers imbécile
Crie : " Il est au pinacle ! Adorons son argile, "
De l’étroit fondement de ma prospérité
Un seul point me sépare, et c’est l’éternité !
Adieu, soleil luisant aux cieux de mes batailles.
Je t’ajourne en ta nuit jusqu’à mes funérailles.