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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/247

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Que lie et sable impur par les vents rejeté,
Et l’algue et le limon de votre adversité.

Et, quand elle parlait, pour lui fermer la bouche,
Comme un canon qui roule et sur l’affût se couche,
L’empire, sur son char de prodige et de bruit,
Se couchait à son tour, et grondait jour et nuit ;
Et cette noble femme, en pleurant, semblait dire :
Dieu, protégez mon fils, et gardez son empire !

Ah ! Qu’ils sont grands, ces jours ! Comment sont-ils perdus ?
Géants devenus nains, ne vous verrons-nous plus ?
Où sont-ils enfouis ? Dans l’ombre ou la fumée ?
Dans le casque, ou la rouille, ou la tombe fermée ?
Dans le repli d’un cœur, dans le vase de fiel,
Ou dans le puits des jours qu’a comblé l’éternel ?



XXVIII. LE VERTIGE

 
Poëte, dis-le-moi, si ton vers peut le dire,
Pourquoi cet empereur penché sur son empire
A-t-il le front si pâle ; et quand son trône est d’or
Comment est fait son rêve, et que veut-il encor ?
—Peuples qui m’appelez, venez, faites silence,
Et pleurez ! Car voici ce qu’en son cœur il pense :
" Sur le sommet désert de ma prospérité,
Je tente le sentier de mon adversité.
Que d’États à mes pieds ! Et c’est là mon empire !
Que d’hommes rassemblés qui vivent d’un sourire !