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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/246

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Mes filles, hâtez-vous d’attacher vos bandeaux.
Bientôt vous reprendrez l’aiguille et les fuseaux.
Avant que l’infortune ait pâli vos visages,
Cherchez-vous des époux qui soient vaillants et sages.
Sur vos trônes d’un jour, ménagez pour demain
Le pain de votre exil, et le sel et le vin.
Vous, mon fils, prenez garde à ce faîte où vous êtes ;
Plus qu’en la mer de Corse on y voit des tempêtes.
Faites-vous un trésor de jours sans repentir
Que vous puissiez garder dans votre souvenir,
Comme un bon économe, au temps des hirondelles,
Dans ses bras pour l’hiver emporte ses javelles.
Maintenez votre état sans le trop agrandir,
Et pour mieux posséder, bornez votre désir.
Cherchez dans votre empire un empire céleste ;
Quand le premier n’est plus, c’est le second qui reste.
Le trône est fait de bois, et se brise aisément.
Bâtissez-vous ailleurs un meilleur fondement.
Que ferez-vous, mon fils, si le monde se lasse ?
Où mettrez-vous le pied, si votre empire passe ?
Qui sait avant demain, au lieu d’un empereur,
Si vous n’aimeriez pas mieux être le pêcheur
Qui près d’Ajaccio, sous sa hutte de paille,
Emporte son filet sans en rompre une maille ?
Votre filet, à vous, au vent des passions
Se rompt sous le fardeau de trop de nations.
Il le faut alléger de cette vaste proie,
Ou vous n’emporterez, au fond de votre joie,