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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/237

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Puis, voyant dans leur sein leur profonde blessure,
Ils tombaient et pleuraient sur l’herbe qui murmure,
Et les chevaux errants que l’hyène poursuit,
Les crins tout hérissés, les flairaient dans la nuit.
Ah ! S’ils pouvaient renaître avec l’aube en la nue !
Ou si le laboureur, en poussant sa charrue,
Les réveillait demain, avant que dans son champ
Leur épée émoussée eût rouillé son tranchant ;
Ils reverraient encor, là-haut, sur la colline,
Leur empereur debout, les bras sur la poitrine.



XXV. MONTEBELLO

 
La terre, en ce temps-là, se noyait dans le sang ;
Comme dans une forge un marteau bondissant,
Maint combat bondissait sur son ardente enclume,
Et les cieux se cachaient sous leur manteau de brume.
Iéna, Friedland, Eylau, comme des fossoyeurs,
Sans se lasser creusaient des tombes d’empereurs.
Ils entassaient les os des peuples dans la plaine,
L’herbe au loin jaunissait sous leur livide haleine.
Les mères, en berçant leurs fils sur leurs genoux,
Pleurant sur leur aîné, pleuraient sur leurs époux.
Les peuples tarissaient, comme une coupe aride
Aux lèvres d’un convive ; et dans sa cité vide,