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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/236

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De son ongle souillant la housse impériale,
Avec le cavalier il ronge la cavale ;
En silence il dépouille, ainsi qu’un assassin,
Le fantassin qui gît au bord de son chemin.
Sous la cuirasse d’or, comme fait un avare,
Il fouille dans le cœur le sang chaud du tartare ;
Des restes d’un empire, en son aire engloutis,
Pour un hiver entier, il nourrit ses petits.
Un empereur le suit, et marche sur sa trace,
Comme après le troupeau le berger vient et passe.
Il compte ses soldats couchés dans les sillons,
Et, pâle, il les salue et répète leurs noms.
— " Qui sont-ils ? Regardez. Sur leurs faces livides
" On voit encore écrit : soldats des pyramides. "
Et, quand les morts ont froid dans leur lit triomphal,
Lui-même il les revêt de son manteau royal.
" Pourquoi là sous mes pas, à l’endroit où nous sommes,
" Tant de casques rompus et tant de débris d’hommes ? "
Et penché sur la terre il essuyait leur sein ;
Et sur leurs cœurs d’airain posait sa main d’airain.
Et les morts en sursaut sous la froide bruyère
S’agenouillaient dans l’ombre et rouvraient leur paupière.
Ils baisaient ses habits, et demandaient entre eux
Si c’était le désert, ou si c’étaient les cieux ;
S’ils s’étaient égarés sous les saules d’Arcole,
Et pourquoi sur leurs fronts luisait une auréole ;
Pourquoi les sabres nus chantaient le chant des morts,
Et pourquoi les chevaux ne rongeaient plus leurs mors ?