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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/235

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Ni cuirasse de bronze à la trempe divine,
Pour enfermer ce soir ta plainte en ta poitrine ?
Écoute ! Le jour baisse ; un sabre resplendit.

Une voix a crié : " Rendez-vous ! -Qui l’a dit ?
—Moi, Murat, duc De Berg ! éperviers de Crimée !
Et combien êtes-vous ? Répondez. -Une armée.
—Suivez-moi. " puis alors maints prisonniers, pieds nus,
Le front bas ont pleuré, comme font les vaincus.
Ils pensaient dans leurs cœurs aux forêts de l’Ukraine,
À leurs champs de bruyère auprès du Borysthène,
À leurs petits enfants dans les cours des boyards,
À leurs huttes de serfs, puis au palais des czars,
Puis aux pins sous la neige, aux troupeaux de cavales
Qui mordent les glaçons de leurs steppes natales.
Oh ! Vieille aigle du nord, retourne en tes frimas,
Et monte avant le jour sur l’arbre des combats.
Que le Wolga t’entende, et redise au Bosphore
Ton cri dans la nuit noire, et ton cri dans l’aurore :
" Moscou, fuis vers Azof ! Smolenski, prends le deuil !
" Kalouga, baisse-toi pour creuser ton cercueil ! "



XXIV. LE LENDEMAIN

 
La nuit vient et s’efface ; après la nuit l’aurore,
Puis le jour après elle, et puis le soir encore.
Sur le champ de bataille, après la fin du jour,
Qui veillera sans peur, si ce n’est le vautour ?