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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/234

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Et lui, comme un géant, debout dans son domaine,
Il attise à ses pieds son foyer dans la plaine.
Comme un feuillage mort qu’on ramasse en janvier,
Il jette à pleines mains ses peuples au brasier ;
Et, crénelant leurs toits d’une flamme rougeâtre
Les hameaux, alentour, pétillent dans son âtre.
Un messager survient, puis un autre après lui.
Et puis un autre encor. — " L’arrière-garde a fui !
—Sire, couvrez vos flancs ! -Sire, votre aile ploie !
—Sire, tout est perdu ! -Lanne en son sang se noie !
—C’est assez, comte Rapp ! Ils sont à nous, marchez !
La bataille est là-bas au pied de ces clochers.
Puis, comme un serpent d’eau qui sous l’herbe s’agite,
Il foule au fond des lacs le serpent moscovite.
Son épée a frémi sans sortir du fourreau,
Et cent villes déjà se creusent leur tombeau.
Que serait-ce, mon Dieu ! Si devant leurs murailles
Elle eût lui toute nue au soleil des batailles ?
Ah ! Czar, il faut pleurer. C’est toi qui l’as voulu.
L’arc du nord est-il donc fait de bois vermoulu ?
Tes canons sur le flanc, à la gueule affamée,
Ne sont-ils aujourd’hui gorgés que de fumée ?
Tes espadons ont-ils oublié leurs tranchants,
Et tes lances perdu leur acier dans les champs ?
Dans tes vieux arsenaux, dans tes villes d’Asie,
N’as-tu plus de tromblons à la lèvre noircie,
Plus d’affût sur l’essieu, plus un seul étendard,
Ni clairon pour gémir, ni sabre, ni poignard,