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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/233

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Ton sabre est-il tranchant et sa lame polie ?
" Toi, viens-tu du Thabor ? Toi, viens-tu d’Italie ?
" Toi, je te vis au camp dans le désert de Tyr.
" Reconnais-tu là-bas le soleil d’Aboukir ? "
Il dit un mot plus bas qu’écoute la bruyère ;
Puis cent fois on redit : " en avant ! En arrière !
À vos rangs de bataille ! Hourrah ! Allons, du cœur !
Saint George ! Saint Ivan ! Et vive l’empereur !
Et plus de cent canons le répètent encore,
Et les sabres luisants ont salué l’aurore.
Qui fait alors la fête et s’éveille en sursaut ?
Quand le lac est glacé, qui se mire en son flot ?
Est-ce au bord de l’étang un faucon sur sa proie ?
À présent sous la haie un aiguillon flamboie.
Est-ce un serpent d’airain qui s’éveille en hiver ?
C’est le sabre de Lanne avec ses dents de fer.
Ah ! Que la baïonnette et que la carabine
Sont belles dans ce champ où rougit la chaumine !
Ah ! Que dans le ravin les fusils sont joyeux
Quand le grand empereur leur fait signe des yeux !
Les balles sur sa tête, autour de ses trophées,
S’assemblent en sifflant comme des chœurs de fées.
Et les aigles de bronze ont dit : " Buvons du sang ! "
Et les chevaux blessés : " Levons-nous sur le flanc ! "
Et les freins tout meurtris : " Brisons-nous dans leur bouche !
Et les grands étendards : " Malheur à qui me touche ! "
Et les casques de fer : " Agitons nos cimiers ! "
Et les boulets lassés : " Traînons-nous à ses pieds ! "